*"_ L'année prochaine, ça ne se passera pas comme ça, du moins, ça ne se finira pas comme ça. La dernière victoire de Bjorn Borg fut obtenue en cinq sets aux dépens de John McEnroe, celui-là même qui le battit l'année suivante, interrompant son impressionnante série. 2008 ? Je dis Federer en Borg et Rafa en McEnroe. Eh oui, l'an prochain, c'est pour toi le titre Rafael !_"
TELS ÉTAIENT MES MOTS l'an passé à la fin du Wimbledon édition 2007. Et vous ne pouvez pas savoir à quel point je suis heureuse de voir que j'avais raison. Parce que moi, c'est depuis ce moment là que je suis persuadée comme jamais que 2008, le Wimbly, il est à Rafael et à personne d'autre. Je l'ai dit et redit, beaucoup de monde peuvent en témoigner. Mais trop souvent, les gens ne me croyaient pas. J'avais beau défendre Rafael, je savais bien que ce n'était même pas la peine de me fatiguer à parler. Parce que je savais au fond de moi que c'est Rafa, raquette en main, qui fermerait la bouche à tout le monde l'année suivante.
---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------->8
Je ne vais pas me lancer dans une analyse tennistique de la finale parce que de un, ça serait beaucoup trop long [ déjà que bon... ], et de deux, d'autres sont largement plus doués que moi pour ça [ cf les trois articles en début d'article ] . Moi je voudrais juste parler de ce que j'ai ressenti durant ce match, évoquer toute sa dimension émotionnelle. Je le veux, mais encore faut-il que je puisse poser des mots sur ce que j'ai ressenti et ressens encore.
Jamais de ma petite vie je n'avais vécu quelque chose de ce genre et je pense sincèrement ne plus pouvoir ressentir un truc pareil aussi intensément que ce dimanche 6 juillet 2008. Deux monstres du tennis mondial allaient sous nos yeux attentifs se livrer à une bataille sans merci pour espérer remporter ce à quoi tous joueurs aspirent un jour, le St Graal du tennis : le titre du Grand Chelem de Wimbledon. Deux monstres du tennis mondial sortis de cette finale anthologique plus grandis que jamais, ont donné à leur sport bien aimé une dimension carrément autre ce dimanche là. Rafael Nadal et Roger Federer sont marqués au fer par leur talent et leur passion, tellement criant qu'ils en sont irrévocablement encrés dans la grande et palpitante Histoire du Tennis pour toujours, à jamais.
8<----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Rafael a vu les choses en grand, très grand pour sa première victoire sur le mythique Center Court. Car il avait contre lui, le numéro un mondial, vainqueur par 5 fois du tournoi. Il avait contre lui deux interruptions par la pluie dont la première à deux sets à zéro et (4-5) service à suivre. Il avait contre lui, deux balles de match qui s'envolent avec un service gagnant et un passing improbable de revers de Federer au quatrième set. Il avait contre lui, une balle de break à sauver à 4-3 dans la cinquième manche. C'est vous dire comme c'était intense.
Le début du match, bien que retardé par la pluie [ de quoi vous déjà vous mettre sur les nerfs ] annonce tout de suite la couleur ; il n'y avait qu'à voir le premier échange [ rien que ça ] : les deux joueurs se rendent coups pour coups. Et pourtant, c'est Rafa qui fera la différence en début de partie, menant alors 2 manches à rien. Federer tendu, s'était-il laissé rattraper par ses complexes nadaliens ? Certainement étant donné la situation critique du Suisse dans cette finale. Même dans ce deuxième set, où rien ne laissait présager le fait que le Suisse le perde. Rafael refait son retard bien que mené 4-1. Et au bout du compte, c'est lui qui empoche cette deuxième manche importante. Tout va alors très vite, on se dit que Rafa a fait le plus gros, que Federer a encore trois sets à remporter, que ce sera compliqué et on se surprend à rêver d'une victoire en trois sets. C'était quand même fort de penser ça, vu l'adversaire en face quand même.
---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------->8
Évidemment, rien ne se passe comme on l'entend. Et puis en y repensant, ça en aurait presque était triste d'avoir une finale bouclée en trois sets, même si ça aura été vraiment fort. Et puis rien ne vaut la façon dont elle s'est finalement bouclée.
Les trois et quatrièmes sets ont été hardiment disputés, personne ne lâchait rien. J'étais plutôt assez tranquille jusqu'ici, admirant le tennis qui m'était offert. Mais j'avoue sans aucune retenue que c'est à partir du tie-break du 4e set, déjà mythique que j'ai vraiment commencé à VIVRE le match. Forcément, quand on sait que Rafael est presque sur le point de finir, qu'il mène 5-2 dans le tie-break mais qu'il se fait remonter par Federer, ça commence légèrement à devenir tendu. Et là, on sent tout de suite le stress de Rafa, sûrement un peu déstabilisé par l'importance de la situation du moment. 7-6 pour Rafael, autre moment important comme jamais. Mais Federer la sauve, et l'échéance est encore retardée. Puis à 8-7 encore, balle de match manquée ! A ce moment-là, je ne pourrais pas vous dire dans quel était j'étais. C'est simple, assez calme jusque là, je me mettais soudain debout, puis assise, puis re-debout, puis à genoux par terre. Les doigts croisés jusqu'à m'en faire mal, et les larmes qui coulaient toutes seules. Je me demande même si j'étais consciente ! Le suspens, l'intensité, tout était trop pour moi. Je pleurais déjà. Federer remporte ce tie-break de malade 10 à 8, les deux hommes étaient à égalité. Rendez vous compte de la lutte acharnée, avec des échanges monumentaux de part et d'autre. Autour de moi, c'était déjà les 'Aïe aïe aïe, Lindsey, ça va être dur là, Federer va gagner...' et moi de surenchérir : 'NON !' J'étais la seule à y croire évidemment, même si j'avais peur, très peur. Peur que le titre lui échappe encore, et peur de l'anéantissement de Rafael après. Ils jouaient depuis 3h23 et on était tous embarqué dans un ultime set, qui déciderait définitivement du gagnant. Pas de matchs nuls au tennis. Là, je ne parlais même plus, enfoncée dans mon canapé, de peur de voir ce qu'il se passerait dans cette dernière manche de tous les dangers...
8<----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Malgré une certaine confiance retrouvée de Federer, Rafael ne l'entendait pas de cette oreille. Il continuera à se battre, comme il le fait toujours. Malgré mon stress, les cris sortaient tout seul 'IL FAUT QUE TU TE REMOTIVES PUTAIN !' Oui, c'était violent haha. Il fallait absolument qu'il continue à y croire, qu'il ne se laisse pas abattre par ses occasions manquées dans le set précédent. Là où beaucoup, voire tous les autres, auraient abandonné depuis longtemps, mentalement, Rafael tient et c'est incroyable. Il continuait à me donner envie d'y croire, j'avais confiance en lui. Ses parents et Toni l'encourageaient avec ce qui leur restait d'énergie et c'est ce dont il avait besoin, se sentir soutenu. Moi aussi je l'encourageais, même si c'était irrationnel [ vous savez, dans ces moments là, surtout celui-là, on ne réfléchit plus normalement ] . Rafa tenait le choc. L'ultime interruption de l'invité intrus a rendu les choses encore plus dramatiques. A 2-2, 40 partout, la pluie stoppe tout pendant une demi-heure. La demi-heure de trop, je croyais mourir de stress à l'intérieur. Et j'espérais que Toni rebooste Rafa au plus haut point pour la dernière ligne droite. Retour des joueurs, je cherchais désespérément un signe sur le visage de Rafael, fatigué mais concentré sur ce qu'il avait à faire, ce qu'il devait faire à tout prix. Federer revient décidément décomplexé en claquant deux aces [ 25 au total contre 6 pour Rafa... ]qui limite me transpercèrent le c½ur ! Je me disais vraiment 'Merde.' C'est en plus Federer le premier qui obtient une balle de break à 4-3, 30-40. Un moment où je tremble de tous mes membres. Rafa la sauve autoritairement d'un smash ! On sent alors un gros, gros moment de passé, un moment clé. Mais Federer s'accrochait aussi, et c'était vraiment dur pour les nerfs. Il repousse des balles importantes à 5-5, 30-40, puis deux autres à 7-7 mais sur la troisième balle de break, il sort un coup droit qui fait mal.
Ce dernier set n'en finit pas, la nuit commence dangereusement à tomber, côté organisation ça s'agite, je me dis que si on arrête tout et qu'on continue le lendemain, ça allait être insensé, insupportable ! J'observe Rafa, à bout mais toujours aussi combatif, je l'admire. Moi je n'en peux plus, je ne sens plus mon c½ur et c'est alors que le compteur passe à 8-7, en faveur de Rafael. Pas de jeux décisifs dans la dernière manche, mais c'était vraiment comme si. Mais sur ce dernier jeu, Rafa jette ses dernières forces dans la bataille. Service au corps [ arme fatale face à Federer, on l'a bien vu ] . Mais son intelligence technique y est aussi pour quelque chose. Ce n'est pas rien si Rafael choisit de faire son premier service-volée du match à ce moment précis. Rafa monte, encore et encore, ce qui prouve qu'il veut en finir. Ce qui prouve qu'il va chercher sa victoire lui-même et qu'il prend les choses en main. Ce qui prouve son incroyable lucidité à ce moment là du match ! Puis arrive enfin le point, ce point le plus important de tous... Je retiens mon souffle, bien qu'il ne m'en reste pas beaucoup, je tremble et essuie mes yeux pour ne rien rater de ce qui pourrait être l'un des moments les plus importants de la vie de Rafael. Le coup droit de Federer le trahit et la balle va mourir au filet.
---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------->8
Là, tout ce dont je me souviens, c'est l'image de Rafael par terre, criant de soulagement, et moi qui pleure, qui pleure et qui ne s'arrête pas. Je riais entre les larmes je crois. Je n'arrivais pas à le croire, et ai encore du mal à réaliser. L'étreinte familiale n'arrange pas les choses, ma mère pleure aussi de me voir dans cet état, et de voir Rafa à l'écran, ému comme jamais, heureux tout simplement. Je réalisais peu à peu quand Rafa a porté cette coupe magnifique, et a posé aux côtés de Federer qui lui avait l'assiette du second, dans cette lumière sublime du soir car la nuit tombait désormais. Tous ces flashs, ce discours, cette émotion. Ca, c'était une image très, très forte pour moi, et je repartais de plus belle dans les pleurs. C'était des larmes certes, mais des larmes de joie intense après une finale épique. Mythologique. La meilleure de toutes pour moi, c'est certain. C'est le meilleur de match de Rafael. Jamais je n'étais passé par tant d'émotions différentes dans un match. J'ai douté, et j'y ai surtout cru. Un match d'une telle intensité se vit au-delà de la technique et de la tactique. Plus le temps est passé, plus le niveau s'est élevé pour atteindre des sommets. Il a été parfait, et ne s'est pas laissé abattre par quelques grandes occasions manquées. Il a continué à y croire, il n'y avait aucune raison qu'il perde, pas plus pour Federer. Mais voilà, il a réussi à s'imposer après 4h48 de combat acharné. Mentalement, c'est le plus fort. Le plus fort de tous. Commenter cet aspect mental m'est impossible, tellement c'est puissant. Cette capacité à gérer les moments délicats et importants, où le stress se fait sentir, et à rester lucide et concentré m'impressionne toujours comme si c'était la première fois. Rafael s'est transcendé, porté par l'euphorie du tout, par sa passion et par ses tripes. Merci. Merci à ces deux immenses joueurs qui nous ont fait trembler de passion. Juste merci. On en oublierai presque le n°3 mondial qui semble loin, mais loin...
RAFA N'AVAIT JAMAIS ÉTÉ aussi grand ce dimanche là. J'en suis encore sonnée, marquée, touchée de la plus forte façon qu'il soit. Il venait de réaliser l'exploit, et de quelle manière. Détrôner le roi de son trône occupé depuis maintenant 5 ans. Maintenant, le roi, c'est lui.
8<----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
DIGA LO QUE DIGA LA ATP...
RAFA ES EL N°1
EN EL TENIS, EN EL DEPORTE MUNDIAL Y EN NUESTROS CORAZONES.
> L'ATP POURRA DIRE CE QU'IL VOUDRA, RAFA EST LE N°1 DANS LE TENNIS, DANS LE SPORT MONDIAL ET DANS NOS C¼URS.
* " Cette phrase est tirée de Rambo. Ce film et ces mots en particulier lui ont toujours plu.
C'est un clin d'oeil, mais il faut avouer que cela lui correspond pas mal, non ? " - Tomeu Salva Vidal.